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Non, Lionel Messi n’est pas le meilleur joueur de tous les temps
Avec ce quatrième Ballon d’Or, Messi peut-il être considéré comme le meilleur joueur de tous les temps? Pour Sport Legends, cela serait un énorme contresens.
Lundi 7 janvier 2013, à Zurich, la FIFA et France Football décernent le Ballon d’Or 2012 à Lionel Messi. Le génial Argentin du FC Barcelone inscrit une quatrième fois son nom au palmarès de la plus prestigieuse distinction individuelle décerné dans le football, une de plus que Johan Cruyff (1971, 1973, 1974), Michel Platini (1983, 1984, 1985) et Marco VanBasten (1988, 1989, 1992). Le monde du football tout entier est à la célébration de son nouveau roi, et nombreux sont ceux qui considèrent d’ores et déjà Messi comme le plus grand joueur de tous les temps. C’est aller bien vite en besogne.
Dans cette pluie d’éloges sur Lionel Messi, on oublie parfois que l’Argentin n’a que 25 ans et qu’il lui reste encore de belles années devant lui pour accomplir encore de nombreux exploits. Comment l’histoire pourrait-elle porter un regard définitif sur une œuvre encore en gestation? A 25 ans, Alain Prost et Ayrton Senna couraient encore après leur premier titre mondial, Alfredo Di Stefano n’avait remporté aucune des cinq Coupes d’Europe des Clubs Champions qu’il allait soulever avec le Real Madrid et Michael Jordan tentait toujours en vain d’accrocher la première de ses six bagues de champion NBA.
Dictature de l’immédiateté
Consacrer Lionel Messi meilleur joueur de tous les temps c’est céder à la dictature de l’immédiateté. Un travers malheureusement de plus en plus répandu et dont les derniers Jeux Olympiques à Londres furent un bel exemple. En remportant une dix-neuvième médaille olympique, le nageur américain Michael Phelps a battu le record détenu pendant plus de quarante ans par la gymnaste soviétique Larissa Latynina. Dans une course effrénée aux superlatifs, les médias du monde entier consacrèrent alors Michael Phelps comme le plus grand athlète de l’histoire olympique. Jesse Owens, Mark Spitz, Carl Lewis (et tant d’autres) étaient subitement passés aux oubliettes de l’histoire. Mais le règne de Phelps fut de courte durée: quelques jours à peine! Le temps pour le sprinter Usain Bolt de réussir l’exploit inédit de conserver son titre sur 100m. Victorieux de trois nouveaux titres olympiques, le Jamaïquain est alors célébré dans le monde entier, de l’avis de tous (y compris du sien) on tenait là le plus grand sportif de tous les temps.
Sans rien enlever aux exploits de Michael Phelps et Usain Bolt, on peut légitimement considérer que les observateurs ont arrêté bien trop rapidement des jugements définitifs et si l’on cherche vraiment à déterminer leur place dans l’histoire du sport, une analyse plus poussée est nécessaire, mais rien ne garantit qu’elle soit suffisante.
Si certains médias ont parfois la mémoire sélective, les supporters n’en ont pas toujours davantage. Appelés à désigner (en 2001) le plus grand joueur de Manchester United au XXème siècle, les supporters des Red Devils ont élu Eric Cantona. Fraichement retraité, le souvenir du Français était encore dans tous les esprits, davantage que celui des Charlton, Law et Best qui ont pourtant dû davantage compter dans la grande histoire du club anglais. Le monde du sport a parfois la mémoire un peu courte…
Le Ballon d’Or, un mauvais critère
Vouloir faire de Lionel Messi le plus grand footballeur de l’histoire à la lumière du palmarès du Ballon d’Or est une erreur. Ce serait oublier que jusqu’en 1995, du fait de son règlement, le Ballon d’Or ne s’offrait qu’à des joueurs européens. Une règle qui a écarté des joueurs aussi prestigieux que Garrincha, Pelé, Zico ou encore Maradona de ce palmarès.
Récompense individuelle, le Ballon d’Or prime les joueurs les plus remarquables, au premier rang desquels figurent les joueurs offensifs dont le rôle est décisif dans ce qu’est la finalité même du football (inscrire un but). Gardiens de but et défenseurs ne sont (quasiment) jamais de la fête: pour un Yachine, un Beckenbauer et quelques autres, combien de Banks, de Zoff, de Kahn, de Facchetti, de Rijkaard, de Baresi, de Roberto Carlos ou de Maldini ignorés?
Enfin, le Ballon d’Or récompense le meilleur joueur de l’année mais la vérité d’une année n’est pas toujours celle d’une carrière, encore moins la vérité de l’histoire. Le passé récent nous fournit quelques exemples. On ne trouvait pas grand monde pour remettre en cause Matthias Sammer (1996), Michael Owen (en 2001) ou Pavel Nedved (en 2003) lorsqu’ils furent sacrés Ballon d’Or. Aujourd’hui, leur présence au palmarès conjuguée aux absences certains de leurs contemporains comme Paolo Maldini ou Raul étonne.
Pour toutes ces raisons, le palmarès du Ballon d’Or apparait comme un mauvais critère pour départager les champions de différentes époques. S’agissant d’un sport collectif, prendre en compte le palmarès est parfois plus pertinent que le nombre de distinctions individuelles.
Le palmarès, un élément fluctuant
En inspectant le palmarès, les anti-Messi pensent tenir une faille: l’Argentin n’a jamais gagné la Coupe du Monde, impossible dés lors de le comparer aux mythes Pelé et Maradona. Cet argument n’est pas pertinent. Considérer une victoire en Coupe du Monde comme une base nécessaire pour avoir sa place parmi les plus grands, c’est se priver de véritables légendes du jeu comme Di Stefano, Puskas, Cruyff, Platini ou encore Maldini.
Aujourd’hui, le football de clubs a pris une importance considérable et si le palmarès international de Lionel Messi laisse à désirer, l’Argentin s’est bien rattrapé avec le FC Barcelone (trois Ligues des Champions, cinq Championnats d’Espagne).
Cœur historique de la planète foot, l’Europe et sa prestigieuse Ligue des Champions est devenue le théâtre permanant de l’affrontement des meilleurs joueurs du monde. La Coupe d’Europe n’a pas toujours eu cette importance. A l’époque de Pelé, on pouvait être le meilleur joueur du monde et ne pas évoluer en Europe. A l’époque de Maradona, on pouvait être le meilleur joueur du monde et évoluer sept ans dans une équipe (Naples) pas assuré de disputer tous les ans la Coupe d’Europe.
Alors, comment comparer les trois Coupes du Monde (1958, 1962, 1970) de Pelé avec les trois Ligues des Champions (2006, 2009, 2011) de Messi? C’est impossible!
Le palmarès est donc à considérer dans son époque. Cela est vrai dans d’autres sports également, par exemple le cyclisme. Il fut un temps ou les meilleurs coureurs pouvaient remporter toutes les courses sur tous types de parcours, des Grands Tours aux différentes Classiques. Aujourd’hui, le cyclisme s’est spécialisé et sont apparus différentes catégories de coureurs ayant des objectifs bien spécifiques. Un exploit comme celui d’Eddy Merckx qui remporta le Tour de France 1969 en remportant également le classement par points et le Grand Prix de la montagne (ainsi que Milan San Remo, Paris-Nice, le Tour des Flandres et Liège-Bastogne-Liège la même année) est tout bonnement inimaginable aujourd’hui.
Les temps changent, le football aussi
Reste une vérité, celle du rectangle vert. Mais peut-on objectivement comparer les performances de champions ayant joué à des époques différentes?, Pour Didier Braun, journaliste sportif passionné par l’histoire du jeu interrogé par Sport Legends, “comparer les uns aux autres n’est jamais concluant”.
Le football a considérablement changé. Il s’est mondialisé (les restrictions quant au nombre d’étrangers dans les effectifs ont pratiquement disparu) et s’est libéralisé (l’arrêt Bosman a ouvert une ère avec davantage de mobilité). Le jeu aussi a évolué. Du fait de la professionnalisation, le football est mieux organisé, tactiquement et physiquement.
Le football de Di Stefano, de Pelé, de Maradona et de Messi? Comme dirait Didier Braun: « c’est toujours le même football mais ce n’est plus le même ». Impossible dès lors de comparer.
Alors non, Lionel Messi n’est pas le plus grand joueur de tous les temps. Tout simplement parce que le meilleur joueur de tous les temps n’existe pas. Il n’est fonction que de l’appréciation de chacun (“les gouts et les couleurs”, comme dit le proverbe) et n’a aucun fondement objectif. Une vérité qui a parfois du mal à passer.
Tom Kapetas
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